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PROJET DE LOI S-218 : SUR LA JOURNEE NATIONALE DU VIOLON TRADITIONNEL (DEUXIEME LECTURE)

 

Honorables sénateurs, je prends aujourd'hui la parole pour appuyer le projet de loi S-218, Loi sur la Journée national du violon traditionnel. Étant donné que le champ d'attention est aujourd'hui bien moindre qu'à l'époque où le Sénat a été créé, je vais tenter d'être brève.

Si je puis me permettre de le dire, le violon traditionnel fait partie de l'histoire de notre pays depuis sa naissance. Les Français, les Écossais, les Irlandais, les Allemands, les Danois, les membres des Premières Nations et les Ukrainiens, pour ne donner que quelques exemples, ont tous participé au patrimoine du violon traditionnel au Canada. Dans ma propre région du Nouveau-Brunswick, des gens de tous les âges se réunissent dans des manifestations pour écouter et jouer des airs parfois séculaires, parfois composés depuis peu. Lorsque sortent les violons, on commence à taper du pied.

Honorables sénateurs, le violon traditionnel est un instrument humble qui a touché la vie des Canadiens pendant des centaines d'années. Le violon se prête bien aux traditions folkloriques de l'Europe, et il a été l'instrument de prédilection pour les premiers colons canadiens, au XVIIsiècle.

Les Jésuites de Québec ont été les premiers à faire mention de joueurs de violon au Canada.

Un document de 1645 rapporte qu'on a utilisé deux violons à l'occasion d'un mariage au Québec. On ne sait pas grand-chose d'autre de ce mariage, mais je parie que ce fut la toute première fête de cuisine.

Comme la majeure partie de la musique folklorique, la musique du violon traditionnel relève d'une tradition orale, transmise par oreille d'une génération à l'autre au lieu d'être écrite. Chaque culture a son style particulier, comme l'a si bien dit la sénatrice Hubley. Il est amusant d'essayer de deviner de quelle région du Canada tel air peut venir. Les styles se marient et s'influencent réciproquement, et ils ont fini par créer un son distinctement canadien.

Dans les Maritimes, le jeu du violon traditionnel est influencé par de forts groupes anglo-celtiques de colons écossais et irlandais. Le Cap-Breton, notamment, est connu pour sa sonorité distincte. Sa tradition de violon remonte aux immigrants écossais qui fuyaient après avoir été évincés de leurs foyers, au XIXsiècle. Les violoneux du Cap-Breton ont évité les influences classiques que les artistes européens ont accueillies, préférant adopter un style énergique et audacieux qui les a distingués des autres. Si vous aviez un jour entendu la symphonie du Cap-Breton, ce vaste groupe de violoneux, votre cœur serait conquis par le violon traditionnel. Scotty Fitzgerald était un violoneux bien connu et même renommé du Cap-Breton. Ses premiers enregistrements ont contribué à faire de certains airs des classiques du violon traditionnel.

Les Écossais et les Irlandais n'ont toutefois pas été les seuls à apporter avec eux une tradition du vieux continent.

Les Acadiens ont aussi apporté un large éventail d'instruments à cordes lorsqu'ils se sont établis au Canada atlantique.

Nombre de ces instruments les ont suivis lors de leur expulsion vers la Louisiane, et c'est ainsi qu'on a eu le style cajun. Des collectivités des Premières Nations ont également adopté le violon traditionnel. Les violoneux autochtones ont bâti leur musique sur des fondements européens, intégrant à leur jeu des chants traditionnels. Dans les Maritimes, des violoneux mi'kmaq jouaient avec les enfants à mettre des mots dans leur langue sur leurs airs de violon. Lorsque les pratiques autochtones anciennes ont été découragées ou interdites, de nombreuses collectivités se sont tournées vers le violon traditionnel comme principal moyen d'expression musicale.

Les styles des Acadiens et des Premières Nations, dans les Maritimes, se sont fusionnés avec la tradition anglo-celtique et ils sont toujours vivants dans nombre de collectivités rurales au Nouveau-Brunswick et dans l'Île-du-Prince-Édouard. Au Nouveau- Brunswick, la tradition du violon traditionnel s'est incarnée dans des artistes comme Ivan Hicks et, oserai-je dire, Don Messer, qui est originaire du Nouveau-Brunswick.

Le Don Messer's Jubilee était une émission nationale bien connue. Selon certain, sa popularité la plaçait au deuxième rang, juste derrière Hockey Night in Canada. L'annulation de cette émission, en 1969, a donné lieu à des protestations sur la Colline du Parlement et à plusieurs questions chargées à la Chambre des communes. Aujourd'hui, un violon rouge de quatre mètres, symbole de son art, rappelle le souvenir de Messer dans le village de Harvey Station.

Honorables sénateurs, le violon traditionnel n'est pas limité aux Maritimes. Il est présent dans le Canada tout entier. Les violoneux canadiens ont hérité de traditions des premiers colons et ils les ont interprétées selon des variantes proprement canadiennes d'un bout à l'autre du territoire. Les anglophones aussi bien que les francophones sont attachés au violon traditionnel parce que c'est un petit instrument facile à garder et à transporter dans des régions difficiles. Les violons étaient si précieux pour les habitants de la ville de Québec que plusieurs d'entre eux ont été cachés pendant le siège de 1759. On en a découvert une douzaine dans l'hôpital de la ville en 1860.

Les Métis du Manitoba ont aussi créé une tradition distincte. Ils ont adapté des styles appris auprès de trafiquants de fourrures canadiens-français et écossais qui transportaient leur violon avec eux dans l'arrière-pays. L'immigration s'intensifiant au Canada au XIXet au XXsiècles, les diverses traditions dans le jeu du violon traditionnel se sont multipliées. Les colons ukrainiens, notamment, ont joué un grand rôle dans l'Ouest. Fuyant l'oppression de la Russie tsariste pour s'installer dans les Prairies, ils ont intégré le violon traditionnel à leur propre musique folklorique. Et les Ukrainiens ne sont pas les seuls Européens qui aient contribué à la tradition canadienne du violon. Des colons hongrois et roumains ont aussi apporté leur interprétation en Saskatchewan et dans bien d'autres régions de l'Ouest. Les immigrants allemands et polonais ont laissé leur marque dans les styles de l'Ontario et des Prairies, et il est possible que plusieurs airs populaires soient d'origine allemande, dont la « Jessica Waltz » de la vallée outaouaise.

J'ai commencé à m'intéresser au violon traditionnel après avoir entendu la symphonie du Cap-Breton. J'ai adoré le son. Il se peut que mes racines aient parlé, mais j'ai été fascinée. J'ai été touchée par le poignant violon bluegrass entendu dans l'inoubliable documentaire américain de la PBS, The Civil War. Pour moi, c'est un excellent exemple qui montre pourquoi nous devrions songer à établir une Journée nationale du violon traditionnel. Cette musique emblématique est partout présente en Amérique du Nord; nous la célébrons tous, et elle trouve en nous une résonance.

Les styles de violon traditionnel sont nombreux, et il est amusant de chercher à discerner les styles et les traditions. La tradition canadienne compte beaucoup de grands artistes. J'en ai nommé quelques-uns, et j'espère qu'on me pardonnera si je ne puis nommer tout le monde. Il y a beaucoup de nouveaux artistes également qui font leur marque dans l'évolution du style et attirent l'attention sur cette musique, y intéressant des jeunes. Des personnalités emblématiques comme Ashley MacIsaac et Natalie MacMaster sont proprement géniales. Le style incandescent de MacIsaac et le brio de ses compositions sont incroyables.

Honorables sénateurs, la musique du violon traditionnel ne s'est pas développée dans un espace culturel isolé. Elle a été et demeure associée à de nombreuses traditions folkloriques canadiennes et européennes. Des musiciens ont dansé, chanté, joué assis ou debout et ils ont accompagné divers instruments venus du monde entier. Le violon traditionnel a réuni les Canadiens, dans les cuisines, les granges, les nations, les légions. Partout où l'on va, il y a quelque part une fête avec du violon traditionnel. L'influence de cet instrument se fait sentir dans les humbles maisons des agriculteurs du Nouveau-Brunswick et dans les salons des violonistes classiques. Il est temps de consacrer une journée à cette tradition nationale; ce sera une bénédiction pour le Sénat, une occasion de célébrer d'une façon authentiquement canadienne. Songez un instant au plaisir que nous pourrions avoir : on pourrait faire une fête du violon traditionnel à toutes les Journées nationales du violon traditionnel et en accorder tout le crédit au Sénat, ainsi qu'à la sénatrice Hubley, qui a eu cette idée.

Chers collègues, j'espère que vous vous joindrez tous à moi pour appuyer le projet de loi S-218 et profiter de l'occasion pour organiser une fête du violon dans vos régions respectives. Merci.