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LA GUERRE DE 1812: ROLE DU NOVEAU-BRUNSWICK

Honorables sénateurs, j'interviens aujourd'hui pour souligner l'anniversaire d'une grande victoire canadienne. Il y a 198 ans, un régiment composé de membres franco-canadiens de la Force régulière, de membres de la milice locale et de guerriers de la nation mohawk ont battu de manière décisive l'armée américaine sur les rives de la rivière Châteauguay. Cette victoire a forcé les Américains à abandonner en 1813 leur campagne en vue de capturer Montréal. Si la guerre s'était terminée différemment et que l'invasion américaine n'avait pas été repoussée, le Canada, dans sa forme actuelle, n'existerait pas.

Nous ne pouvons pas oublier notre histoire. Elle constitue un élément crucial de notre identité canadienne. Martin Luther King Jr. a dit ceci : « Ce n'est pas nous qui faisons l'histoire. C'est l'histoire qui nous fait. »

La victoire du Canada lors de la guerre de 1812 a contribué à façonner ce que nous sommes aujourd'hui, à délimiter de quel côté de la frontière nous vivons et à décider du drapeau que nous honorons. En mettant derrière eux leurs vieilles querelles et leurs vieux conflits, les Canadiens se sont unis pour une cause commune. Les peuples du Canada — les colons anglais, écossais et irlandais, les Français, les Acadiens et les nombreuses Premières nations — ont tous uni leurs forces pour défendre leur pays. Rudyard Kipling a dit un jour ceci : « Si l'on enseignait l'histoire en racontant des histoires, on ne l'oublierait jamais. » Je vais donc vous raconter une histoire.

Le Nouveau-Brunswick a toujours été une province rurale aux forêts denses et impénétrables et aux hivers rudes. Lorsque la guerre éclata, en 1812, aucune route ne reliait la plaque tournante d'Halifax et l'intérieur du pays. En hiver, lorsque les rivières étaient gelées, il fallait traverser le Nouveau-Brunswick par voie terrestre.

En reconnaissance de l'importance stratégique de cette voie de communication, un régiment complet de l'armée britannique a été recruté au Nouveau-Brunswick. Le régiment, appelé le 104e, était cantonné à Fredericton, à Saint John et à St. Andrews et dans de nombreux avant-postes un peu partout dans la province. Au début de la guerre, les Britanniques avaient désespérément besoin de soldats. Le 104e Régiment a alors été appelé à se rendre en Ontario en plein hiver afin de renforcer les défenses dont le Canada avait désespérément besoin.

Les membres du régiment quittèrent Fredericton en raquettes, une compagnie derrière l'autre, sous des températures frôlant en moyenne 31 degré sous zéro. Le détachement arriva à Québec à la mi-mars, après avoir parcouru péniblement 550 kilomètres dans la nature sauvage en 24 jours seulement. Après un arrêt de deux semaines à Québec, le 104e Régiment reprit sa marche et parvint à Kingston en avril, au bout d'une marche de 1 125 kilomètres.

Honorables sénateurs, l'histoire du 104e Régiment, c'est l'histoire du Canada. Ce régiment était composé de colons anglais, écossais et irlandais, ainsi que de Noirs libres, de Français et d'Acadiens. Il n'aurait jamais pu terminer sa marche sans l'aide des Acadiens et des guides autochtones.

La meilleure description de la guerre nous vient du lieutenant John Le Couteur, qui parlait français puisqu'il est né sur l'île de Jersey, au large de la Normandie. Les privations décrites par Le Couteur dépassent l'entendement. Il décrit des scènes courantes : des hommes assis autour de petits feux, faisant cuire des morceaux glacés de lard trop salé enfilés sur des branches; des hommes portant des houppelandes râpées et des mocassins troqués contre d'autres objets à des négociants des Premières nations; des hommes transis, étendus dans des abris sans toit fabriqués avec des branches et de la neige. Vêtus d'uniformes usés à la corde et de tricots usés, ces hommes ont poursuivi leur chemin en raquettes, transportant leur matériel sur des traîneaux.

Aucun homme n'est mort en cours de route et ce, en partie, grâce à l'aide que les soldats ont reçue des peuples des Premières nations, de Madawaskaiens, de Québécois et d'autres colons. Les gens ont offert aux soldats des vêtements, de la nourriture et, le plus important peut-être, un abri et des guides.

Honorables sénateurs, nous ne devons pas oublier les hommes courageux de Châteauguay ni le 104e régiment.